Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Fidélité
Puisque je ne dois plus revoir son cher visageNi sentir dans ma main la chaleur de sa main ;Puisqu’elle a brusquement interrompu la page,Et que l’émoi d’un jour reste sans lendemain :
Ah ! j’accepte, malgré mon angoisse profonde,J’adore, je ferai sa stricte volonté.Mon amour doit se taire, et s’il n’a qu’elle au monde,Dans l’ombre il saura vivre encor de sa beauté.
Il ne demandera jamais plus le sourireDe ses yeux douloureux que je chérissais tant.Il ne quêtera point l’aveu si doux à dire.Il n’implorera pas de baiser palpitant.
Il vivra, désormais, replié sur lui-mêmeComme un pampre qu’un âpre ouragan a courbé.Il restera muré dans sa geôle de peine.Il sera le ruisseau par le sable absorbé.
Il ne connaîtra plus les longues confidencesOù le cœur et l’esprit unissaient, à la fois,La douceur qui médite et la beauté qui pense :Tel l’ormeau s’attachant à l’églantier des bois…
L’Amie en s’enfuyant d’un doigt cruel desserreLe lien précieux qui m’avait enchaîné :Mais qu’elle sache au moins que je suis trop sincèrePour me reprendre après que je me suis donné.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources