Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Écoutez !
Écoutez ! Les roseaux s’inclinent sous la briseQui porte dans ses bras l’âme éparse des fleurs.La source au gai babil sort de la roche griseEt sur les nénuphars laisse tomber des pleurs.
Écoutez ! La chanson des lueurs et de l’ombreFait entendre dans l’air un murmure léger.Et le long des rayons qui fouillent le bois sombreOn voit de vifs essaims d’insectes voltiger.
Écoutez ! Le printemps est là, parmi les branchesSa voix résonne au fond du val, aux flancs des monts.Et sur le beau tapis des violettes blanchesOn peut suivre la trace alerte de ses bonds.
Écoutez ! Près du buis qui dans l’étang se mire,La libellule aux joncs suspend son vol vibrant,Et la biche, qu’au parc l’herbe nouvelle attire,Lève en bramant sa tête et renifle le vent.
Écoutez ! Écoutez Tout renaît, tout palpite,Tout s’anime aux clartés nouvelles du soleil.Quittez votre logis, le printemps vous invite :Mon cœur est jeune et pur comme l’aube au réveil.
Venez, venez, ma grande Aimée au beau sourire,Venez avec l’avril, venez avec les cieux,Jusqu’à ce cœur si bien à vous pour qu’il respireVotre âme qui consent et palpite en vos yeux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources