Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur

Le printemps

Pierre de Bouchaud· 32 vers

Vous viendrez. La maison, joyeuse sous le lierreQui tendrement l’enserre au réseau de ses bras,Va tressaillir de joie en entendant vos pasComme un souffle glisser sur les marches de pierre.

Vous viendrez. L’églantine aura de mille fleursParfumé le mur tiède autant qu’un doux visage,Et ses souples rameaux mettront, heureux présage,Sur l’or de vos cheveux leur soie et leurs douceurs.

Vous viendrez. Ce sera le printemps. Dans le sauleDont les doigts effilés effleurent le ruisseau,Sur ces jets de sapins réunis en berceau,Des frissons passeront sous le vent qui les frôle.

Vous viendrez, souriante et svelte comme un lys,Fraîche comme l’azur, pure comme la neige,Fée aux yeux de bonté qui de tout mal protègeEt qui fait oublier les rancœurs de jadis.

Vous viendrez. Les oiseaux chanteront leur grand hymneEt tresseront pour vous un bel éloge ailé ;Ils diront la pudeur de votre front voilé,Les rayons de vos yeux que l’Amour illumine.

Vous viendrez. A côté du feu, vous pourrez voirLe chanvre, le rouet et la longue quenouilleOù le fil étiré grossit, sans qu’il s’embrouille,Au rythme lent des doigts qu’humecte le mouilloir.

Vous viendrez.Le pain blond sur la nappe qu’argenteLe gobelet d’étain mettra son lingot d’or ;Et sous le banc voici, près du vieux chien qui dort,Pour vos pieds le coussin que la pourpre agrémente.

Votre main touchera mes lèvres. Vous croirezAvoir toujours vécu dans ma calme demeure,Et vous ne craindrez pas que l’avenir nous leurreCar nous serons ensemble, ô Chère : vous viendrez !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources