Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Silence
Tout ce que j’écrivis pour toiDois-je l’abandonner aux flammesAi-je à présent encor le droitD’unir dans mes vers nos deux âmes,
De crier ma fidélitéA ta pensée enchanteresse,Et de tresser à ta beautéUne guirlande de tendresse ?
Comme il eût été bon pourtantDe mettre ma main dans la tienne,De respirer ton frais printemps,Chérie, et de t’appeler mienne !
Ah les doux rêves caressés,Les chers moments, les belles heures,Si nos bras s’étaient enlacésAu seuil de la même demeure !
Comme — n’est-ce pas — nos esprits,Le long des chemins de la vie,Se seraient pénétrés, compris,Dans une commune eurythmie !
Et combien les profonds baisersAuraient, en rapprochant nos lèvres,Rendu plus proches nos pensersEt calmé leurs brûlantes fièvres !
Le sort, hélas n’a pas vouluL’accord de notre destinée.Je n’étais point pour toi l’élu,Et tu ne me fus point donnée.
Le bonheur vient toujours trop tard.Suivons nos routes différentes.A d’autres la meilleure part :Nous sommes deux âmes errantes.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources