Le Luth doré, 1911· Rêves et méditations
En lisant Clara d’Ellébeuse
O Jammes Appuyé au tronc d’un hêtre blancDominant le taillis et la clairière herbeuse,Lire le cher récit de Clara d’Ellébeuse,Ce récit à la fois grave, triste et troublant !Devant soi voir passer, ainsi qu’une Madone,L’enfant douce, charmante et pleine de bontéDans la robe de neige où son corps s’emprisonne.Candide, inconscient de son éclat d’été !Assister peu à peu aux terreurs de cette âme,Aux scrupules d’un cœur éperdu qui se pâmeEt s’affole devant la crainte du péché ;Et voir enfin tomber la ténèbre éternelleSur cette vierge ardente aux beaux yeux de gazelle :Quel suave plaisir Quel charme recherché !— Et, cependant, l’air pur m’apporte son haleineQue parfument les résédas, la marjolaineEt les houppes de sang des trèfles ondoyant.Parfois une cétoine au corps de pierrerieS’arrête sur la page, ajoutant la féerieDe son éclat gemmé comme un ciel d’Orient,Rose, émeraude, rouge, incarnat ou framboise,A la beauté poignante et simple du récit.Parfois un papillon de jaspe ou de turquoise,Que ma tranquillité toute amie apprivoise,Vient flairer quelque instant l’ouvrage ; puis voiciQu’une abeille affairée, emmi sa course folle,Tout autour de ton œuvre un instant tourne et vole,Comme pour savourer, Jammes, le miel exquisQue distille ta plume, au milieu du pâquis.
Et soudain une goutte ovale de rosée,Limpide comme un ciel, fraîche comme un émoi,Alors que Clara meurt, au livre s’est posée.
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources