Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
La course a l’oubli
I
Les conquêtes de l’air ne t’empêcheront pas,Pitoyable âme humaine,De porter à l’espace un fardeau de tracasEt de sentir leur chaîne.
L’Amour, qui te meurtrit de ses poings durs et fortsEt te blessa sur terre,Suivra ton vol hardi. Car, malgré tes efforts,Rien ne peut t’en distraire.
Et" dans la trajectoire, au sein du vaste ciel,De ta flèche animée,Tu pleureras encor, souvenir plein de fiel,L’abandon de l’Aimée.
II
En vain une contrée après une autre a fuiSous l’essor trépidant du moteur hors d’haleine ;En vain l’automobile ardente a, jour et nuit,Brûlé comme un éclair montagne, coteau, plaine :L’amant qui souffre, hélas d’aimer sans être aimé,
Ou que l’amour disjoint de celle qu’il adore,N’est qu’un triste passant, au malheur enchaîné,Qu’entraîne aveuglément la vitesse sonore.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources