Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Fin d’été
Les flèches du soleil criblent les flots nacrésQu’effleurent de leur vol phalène et libelluleDont le corps transparent et les ailes de tulleVibrent sur les rayons dont le flot est zébré.
Tout le cristal du ciel se réfléchit dans l’ondeAvec sa pourpre lisse, avec son blanc laiteux,Avec ses gais oiseaux qui poussent devant eux,On dirait, de l’azur jusqu’aux confins du monde…
Une molle moiteur, comme de tièdes rets,Enveloppe les monts, les coteaux et les sentes.Les biches viennent boire et des odeurs puissantes,De thym, d’anis et d’herbe imprègnent leurs jarrets.
La voix de la forêt s’est tue et la lumièreEnlace les taillis dans un grand filet d’or.Le silence est profond sur le jardin qui dortSous ses hauts catalpas que festonne le lierre.
L’heure est délicieuse autant qu’un tendre fruit.L’humidité du sol monte en fines buéesDans l’espace et se mêle aux placides nuées.La cétoine vrombit dans les belles-de-nuit.
Et rien n’est plus troublant qu’une telle accalmie,Où l’épreuve, oubliée, un moment disparaît ;Où le cœur est sans heurt, sans mal et sans regret ;Où je rêve que vous m’aimez, ô mon Amie !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources