Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Je n’irai pas chercher l’oubli de mon amour
Je n’irai pas chercher l’oubli de mon amourDans les bras complaisants des belles courtisanes,Qui n’ont pour les passants que des rires profanesEt dont le cœur au cœur épris demeure sourd.
Mais nul ne connaîtra mon mystère et ma chaîne.Le voile de mes yeux demeurera baissé.Nul n’apprendra quel rêve, en secret caressé,M’isole, à tout jamais, de la foule inhumaine.
Personne ne verra le ciel de mon désir.Je serai souriant d’une attente éternelle.La noble passion qui m’a pris sur son aileMe gardera toujours du dégradant plaisir.
Je serai fier d’errer avec une âme ardenteDont on ignorera le foyer merveilleux,D’abriter mon amour, si brûlant, si pieux,Derrière un masque froid comme celui de Dante.
A tous je cacherai, comme un rare trésor,Ma sensibilité, mon intime allégresse,Mon cher, mon doux serment,mes pensers, et l’ivresseD’être l’écris discret où le diamant dort.
Car vous seule savez qu’au cours de cette vieJe suis votre fidèle et je vous appartiens,Que nous sommes unis par d’immortels liens,Et que toute ma vie est en vous, mon Amie.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources