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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur

La bonté des dieux

Pierre de Bouchaud· 40 vers

Chérie, au souvenir de ces belles journéesQue forgèrent pour nous tant d’heures fortunées,Où nos âmes vibraient comme une lyre d’orDont les doigts de l’Amour tirent maint doux accord,Se mêlent le regret et la mélancolieDe n’avoir pu, parfois, arrêter notre vieDans son rapide cours qui nous emporte hélas !Aussi vite qu’au vent une fleur de lilas.Mais puisque cet azur, comme un dais qui s’étale,Met sur nos fronts émus sa douce soie étale ;Puisque cette aube tiède est comme un beau fruit mûrDont nos cœurs, de nouveau, goûtent le parfum pur ;Puisque le ciel sur nous verse sa tiède haleineQui mollement se joue aux arbres de la plaine,Et qu’au bord des pics bleus les nuages ont l’airDe tisser pour ton sein un voile d’argent clair ;Puisqu’en dépit du lent écoulement des choses,Sur leurs tiges toujours rejaillissent les rosesDes grands rosiers, le long des sentiers du jardin,Perpétuel trophée offert à notre main ;Puisque nos yeux sont pris à ce décor de fresquesDes vols d’oiseaux traçant dans l’air mille arabesques ;Puisque tout est gaieté, puisque tout est frisson,Que l’onde du ruisseau se répand en chanson,Qu’au-dessus de l’étang les phalènes coupléesEffleurent l’eau qui dort de leurs gazes ailées ;Et puisqu’enfin ce jour encor nous est donné,Pour vivre de concert l’instant prédestinéQui, dès l’aube des Temps, nous vouait l’un à l’autre,Comme deux grains pareils d’une tige d’épeautre :Sans amertume, alors, rendons grâces aux DieuxQui surent nous tirer du néant, et, pieux,Sachons nous pénétrer de leur toute-puissance :Car, s’ils l’eussent voulu, jamais la fine essenceDes lys que frôle, courbe et redresse ton doigt,N’aurait développé ce frais parfum pour toi ;Ta lèvre de carmin, plus qu’un pétale tendre,A ces grappes jamais n’aurait pu se suspendre ;Et nos destins jumeaux dans le fleuve des joursSe seraient accomplis sans confondre leurs cours.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources