Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
L’éternel silence
O silence éternel où doit vivre mon âme,C’est en vous que j’enclos tous mes rêves d’amour,Cette ferveur d’aimer qui m’était, chaque jour,Meilleure, et cette ardeur dont tout l’esprit s’enflamme.
Je n’attends désormais plus rien, puisque l’espoirDont comme d’un air vif se gonflait ma poitrine,Baissa, tel un soleil qui sur les flots s’incline,Et, comme lui, soudain, disparut. Tout est noir…
Elle n’eut pour l’Amour qu’une rigueur extrême.Elle a traité de conte et de chanson les motsQu’il disait pour lui plaire, et les divins sanglotsDe mensonger émoi, d’outrage, de blasphème.
Elle a tout renié du grand culte d’Éros.Elle n’a pas compris ce qu’il a de sincère.Sa main a déchiré ma passion si chère.Son cœur est devenu plus froid que le Paros
Elle voulut, au nom d’une sagesse vaine,Donner à sa rigueur un faux air d’idéal,Et crut que l’art des vers compenserait mon mal :Ce n’est pas en chantant que s’en ira ma peine.
Devant le souvenir de mon rêve détruitJe ne puis désormais que souffrir et me taire.Et, néanmoins, ce culte entouré de mystère,Bien qu’une ombre à présent, reste mon seul appui :
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources