Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Les secrets
Mes beaux secrets, mon cœur, finiront avec vous.Nul ne saura que vous leur angoisse et leurs charmes ;Et nul n’aura surpris, que vous, toutes les larmesQue je cachais à tous avec un soin jaloux.
Mon cœur, j’aurai gardé mon ardeur invisible,Et suivi vaillamment, bien que toujours blessé,L’âpre route du Temps. Je n’aurai pas glisséLe long de ma douleur dont la pointe me crible.
Le nom qui me brûlait ne s’est point échappéDe ma lèvre tremblante, obstinée à se taire,Et je reposerai pour jamais dans la terreSans qu’on sache l’amour dont je fus occupé.
Enclos dans le mystère où les plus chères chosesDoivent dormir, loin de la foule aux froids regards,Mon rêve merveilleux, à l’abri des hasards,N’aura trouvé qu’en moi son ciel d’apothéoses.
Lui seul aura connu la douceur de l’aveuSous le profond silence, ami de la tristesse,L’aveu qu’on n’ose point, qui sur l’âme se presse,Ou qu’on voile à demi comme on cache le feu.
Et c’est pourquoi la Gloire avec ses yeux d’orage,Ses désirs, ses espoirs, ses rancœurs, ses regrets,N’a rien, mon chaste cœur, qui vaille vos secrets,Parce qu’en dehors d’eux tout le reste est mirage.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources