Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
La giroflée
Chère touffe de giroflée,Fleur printanière, heureuse fleur,C’est son enfance immaculéeQue vous rappelez à mon cœur.
Je revois le jardin plein d’ombreOù s’égaraient ses petits pas ;Son front ; sa chevelure sombreTombant en boucles sur ses bras.
J’entends les éclats de son rireAutour de la claire maison.Je vois sa mère lui sourire.Je retrouve aussi l’horizon
Dont s’emplissaient ses regards d’ange,Tandis que la voix du vent chaudVibrait, tel un chant de mésange,Dans le clair fouillis du bouleau ;
Et qu’au bord cintré des allées,De votre ardent groupe vermeilLes odeurs, sans trêve exhalées,Montaient comme un hymne au soleil.
Plus tard, c’est sa naïve grâceD’adolescente —, ô séducteurPouvoir d’amour ! — qui se retraceGiroflée, à votre senteur.
Car, en mon souvenir fidèle,S’associent étroitementLa grâce de la jouvencelleEt votre aimable enchantement.
Et ses traits, à présent encore,Sa taille souple, son œil brun,Toute la femme que j’adoreS’incarnent dans votre parfum.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources