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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur

Le viatique

Pierre de Bouchaud· 44 vers

Je porte mon amour ainsi qu’un viatiqueEt la route est moins sombre, alors que brûle en moiÉros, comme un soleil qui rayonne, extatique,Au ciel de mes pensers dont vous êtes la foi.

Je garde du passé le souvenir si tendre,Que je dois m’arracher au cours impérieuxD’un Destin de douleurs qui me ferait descendre,Loin de vous, toujours plus au morne oubli des cieux.

J’avais, depuis toujours, à l’Univers splendideSi fortement mêlé votre charme et vos traits,Qu’en chaque paysage un peu de vous résideEt que la moindre rose évoque vos attraits.

Je vous transfigurais comme avril transfigureLa terre qu’un soleil fulgurant rajeunit,Alors que l’horizon avec le ciel s’azureEt que le bourgeon vert se gonfle comme un nid.

Et vous m’étiez aussi douce que Madeleine,Enveloppant, d’un flot de cheveux parfumés,Les pieds du Maître, et qui, dans la demeure pleine,N’écoutait que la voix qui lui disait : Aimez !

Je vous voyais comme un crocus dont les pétalesParsèment le chemin d’un fleuronnement d’or,Comme les parfums vifs que la forêt exhale,Comme la clarté pure inondant le Thabor.

Je trouvais dans vos yeux tant de chaude caresseQue mon cœur en était sans cesse épanoui,Et tout resplendissant de la même allégresseQue la fleur s’entr’ouvrant au jour qui l’éblouit.

Tel un arbre lié de longs fils de la Vierge,Votre émoi m’entourait de ses lacs frémissants.J’étais comme le lys que trop d’éther submerge.Vous brûliez en mon cœur comme au temple l’encens.

Mais rien ne peut tarir la source bienheureuseOù vous avez baigné mon sombre désespoir.Qu’importe, désormais, que la tempête creuseDevant mes pas l’ornière ou bien le gouffre noir ?

Je vous ai dans mon être ainsi que l’air qu’aspireMa lèvre. Je vous ai comme juin a la fleur.Et je ne suis pas seul puisque je vous désire.Et je ne me plains pas car vous gardez mon cœur.

Et si je vous retrouve : alors, que mon silenceVous parle, et mon regard, dans vos regards fixé,Vous dise que ma vie est, malgré votre absence,Fidèle à ses serments, féale à son passé.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources