Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
La lumière
Mon cœur, mon tendre cœur, adhérant fibre à fibreAu cher cœur de l’Amie, ah ! qu’il faudra de tempsPour briser vos liens et redevenir libre,Et guérir d’un amour, mon suprême printemps !
Quel vide affreux ! N’avoir jamais plus sa penséePrès de la mienne ainsi qu’une fidèle fleur…Sentir que mon âme est de son âme effacéeComme un reflet du ciel sur l’eau : quelle douleur !
Suprême et véhément émoi ! Subtil échangeDe caresse et d’idée !… Ah ! dire que plus rienNe pourra prolonger vos bonheurs sans mélange,Ne me continuera votre ferme soutien…
Poursuivre tristement le chemin de la vie.Voir se fermer le ciel, de regrets déchiré.Vivre des souvenirs de mainte heure bénie,En face de l’oubli, morne et désespéré.
Auprès d’un tel martyre, ah ! qu’un désir volage,Qu’un plaisir sensuel dont palpite la chair,Que ni ne veut l’esprit, ni l’âme ne partage,Auraient plus de douceur, tout en m’étant moins cher !…
Mais que dis-je ? Grands Dieux !c’est la profondeur même,C’est l’immolation qui font tout votre prix,Mon Amour adoré Pardonnez ce blasphèmeVous le savez : je suis d’elle à jamais épris.
Mon culte est immuable autant que ma tendresse.Je l’abrite en mon sein comme un soleil qui luit,M’anime, me réchauffe au seuil de la vieillesse,Et qui m’éclairera dans l’éternelle nuit…
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources