Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Moments heureux
Je ne regrette rien de ce que fut ma peine,De ce qui fit mon mal je ne regrette rien,Car j’ai contre mon cœur senti battre le tien,Et rafraîchi mon front brûlant à ton haleine.
Voici les jours avec leurs cortèges affreuxD’épreuves, de misère et de haine farouche.Qu’importe ! Un doux moment, j’oubliai sur ta boucheL’amertume de vivre et la soif d’être heureux.
A l’empire, à l’étreinte, au baiser de la GloireDont le grand geste fier ravit l’homme en plein ciel,Je préférai ton âme, Amie, et le doux mielD’Amour eut plus de prix pour moi que la Victoire.
L’offrande de ton cœur, le don de ta beautéPassèrent de beaucoup ma timide espérance.Tu fus pour moi la Rose adorable de France,Et tu fus le bonheur dont j’avais tant douté…
La brise, qui s’émeut en effleurant ta joue,S’imprégnant des parfums suaves de ton sein,La mêle aux verts rameaux dont le hallier se ceint :Et c’est un peu de toi qui sur les champs se joue.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources