Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Le savez-vous ?
Le savez-vous ? Au loin j’ai poursuivi ma routeEmportant dans mon cœur votre grand souvenir ;Et j’ai senti planer sur mon être en dérouteLes heures d’un passé que je ne puis bannir.
Le savez-vous ? Malgré les crocs de la tourmenteDont je fus, comme un arbre au vent dur, déchiré,Je n’ai jamais maudit le cher nom de l’amanteEt la cruelle main qui m’avait torturé.
Mais vous ne savez point… Qu’importe ? la glycineEffeuille sur mes pas d’errant sa grappe en deuil,Et le pin noir qui pleure et qui perd sa résineFait à ma solitude un triste et doux accueil.
Je n’ai point d’amertume au fond de moi. Votre ombreM’accompagne ; je la devine à mes côtés.Je ne me plaindrai pas, car le bonheur qui sombreLaisse intacts les beaux jours de ses félicités.
Et soit que votre cœur, oublieux et parjure,Dans une âme nouvelle aille se reposer,Ou que, de seuil en seuil, il traîne, à l’aventure,Un lancinant désir qui ne sait s’apaiser :
Je n’en aurai pas moins respiré les prémices,O ma Fleur, du matin de votre frais amour,Et rien ne me peut faire oublier les délicesDe vos premiers baisers que je reçus un jour.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources