Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Le véritable amour est silencieux
On ne vous connaît pas, Éros, on ne sait pointCombien sont durs les traits dont votre main nous crible,Et que, sous un air doux, vous êtes plus terribleQue cent guerriers, bardés de fer, la lance au poing
Aussi mieux vaut,Éros, fuir votre ardente étreinte.Que se réfugier, confiant, dans vos bras.Plus sûr est le ravin ensanglantant les pasQue l’ample clairière où votre trace est empreinte.
Mais si, vers vous, un jour, nous dirigeant le Sort,Sur notre sein ému se presse un sein de femme,Gardons nos tendres mots d’aveux au fond de l’âme :L’Amour silencieux est fort comme la mort.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources