Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons
Les délices du jardin
Pour E. de Ribier.
O frais jardin, c’est vous qui, dans vos bras de fleurs,Changez l’âpre tristesse en saine quiétude,Et qui versez un baume à notre solitudeEn mêlant la rosée ineffable à nos pleurs.
C’est vous qui nous donnez asile en vos branchages,Qui les penchez sur nous pour nous verser la paix ;C’est vous qui, dans les arcs de vos jets d’eau si frais,Désaltérez nos cœurs lassés des vains mirages.
En inondant l’air chaud de votre parfum purC’est vous qui nous rendez l’ardent amour de vivre,Et, dans vos bruits de source, où l’âme se délivreDe sa flamme, apaisez la force de l’azur.
C’est vous, la vénusté des fruits et de la sève,Le plaisir délicat du gazon frissonnantEt du pollen que le zéphyr va soutenantSur ses ailes ; c’est vous, le bonheur et la trêve !…
Et l’on devient, parmi vos bordures de buis,Vos guirlandes d’oiseaux et d’abeilles sonores,Ivre d’un bonheur fait de soleils et d’aurores :Et dans le cœur on a tout l’or du paradis.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources