Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons
Pour Romain Rolland
Les agapanthes, sous la brise,Courbent en replis onduleuxLeur tige dont l’air chaud attiseLa souple aigrette de feux bleus.
La fleur en soie ébourifféeDu grenadier brille au soleil,Ainsi qu’un justaucorps de féeRayé de blanc et de vermeil.
La vanille du laurier roseÉnivre le petit jardin.Un pinson becquette une rose.Un rat musqué grimpe au ricin.
Les glaïeuls, le long des allées,Brandissent leurs glaives luisants.Sur leurs bordures étoiléesLes œillets embaument l’encens.
Les géraniums incendientLe pied des orangers vernis,Et les coléus irradientLa lumière des cieux bénis.
Dans la forêt brame une biche,Invitant au gîte son faon.La caille appelle au champ en friche.Très loin sonne un cor triomphant.
Éros, éternisez cette heure.Propagez la vie à jamais.Faites-en la bonne demeureOù du néant tout germe naît.
Apportez l’émoi qui fécondeLa pensée ainsi que le corps.Perpétuez le vaste mondeSur le sein glacé de nos morts.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources