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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons

Matin d’été

Pierre de Bouchaud· 32 vers

Pour Édouard Trogan.

L’aube sourit et le miroir bleu de l’étangRéfléchit le ciel rose et le jonc palpitant.Et sur la haie, où court la souple clématite,Le souffle du matin comme les cœurs palpite.Les chemins sont heureux de la neuve clarté.Les bois dressent plus haut leur verte obscuritéQu’alimente un zigzag de sources jaillissantes.La rivière interrompt le passage des sentes.Et le thym, que déjà l’abeille vient baiser,Sous la saulaie est comme un blond tapis posé.Les arbres sont joyeux de toucher la lumière,Répandant autour d’eux l’invisible poussièreDe ses rayons qui vont s’enfoncer dans le sol.Le pré, voilé de brume, incline, au souffle molDe la brise, un gazon chargé d’aigrettes blanches.Et les milliers d’oiseaux répandus dans les branches,Égrènent à la fois leurs trilles de cristal.Les taureaux, lentement, montent les flancs du valEt pâturent en paix ; l’herbe tremblante et grasseParfois, un court moment, s’incline sous leur trace,Puis de nouveau se tend vers le brûlant soleil.Le rucher fait entendre un murmure pareilAu sourd bourdonnement d’une houle lointaine.La biche avec son faon vient boire à la fontaine.Une opale buée étend sur l’or des blésSon écharpe de gaze et ses replis perlés.J’écoute l’Été blond cheminer sur la terre,A pas très doux, là-bas, dans l’ombre et le mystère.

— Et jamais, de l’espace clair et de l’azur,Le jour n’est descendu plus candide et plus pur,Et n’a de l’Empyrée, où la nuit il repose,Apporté sur la terre autant de roses roses.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources