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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Italie

Ode a l’Italie

Pierre de Bouchaud· 88 vers

Italie, à mon cœur ton souvenir est douxEt ta grandeur est chère.Laisse-moi t’adorer, Terre auguste, à genoux,Et te nommer ma mère.

Car tu m’as enseigné l’amour de la beautéEt le pouvoir du rêve.Ton âme, toujours jeune, en mon âme a jetéSon ardeur et sa sève.

Du haut de l’alpe blanche, ah ! quand j’ai vu brillerL’océan de tes plaines ;Ainsi que des émaux, çà et là, scintillerLes mers dont tu t’enchaînes :

J’ai compris que j’étais ta chose pour jamais,Et, depuis, sur la lyreJe chante en ton honneur des lieds et je me plaisA souvent les redire.

Voici, de jour en jour, qu’à l’appel de ton nom,Je sens que mon cœur tremble,Et que mon être est pris d’un émoi plus profond,Et plus vif tout ensemble.

Et, docile à l’extase où tu m’as convié,De nouveau, sous tes arbres,Je viens revoir Amour et Pan le chèvre-piedJouant parmi les marbres.

Je reçois sur mon front, avec le baume douxTombé de tes pinèdes,L’odeur du thym mêlée aux senteurs de coucous,Au bord des combes tièdes.

Le long de tes chemins vêtus de peupliers,De cyprès, de cytises ;Dans tes fertiles champs ombragés d’oliviersQu’enveloppent les brises :

La méditation est bonne aux cœurs froissésPar l’embrun de la vie,Car ton ciel éclatant ramène les pensersA la joie infinie.

Comme jadis, au temps des fortes LégionsEt des Aigles, la GloireConsacre, claire étoile aux multiples rayons,Ton œuvre de victoire.

Ah sois fière de ta couronne de cités…Venise dont les ondesReflètent des profils de hauts palais sculptés,Des ponts aux arches rondes ;

Milan au dôme aigu, décor superposé,Nid d’ogives fluettes ;Vérone où Roméo fleurit de son baiserL’âme de Juliette ;

L’élégante Padoue, emmi ses verts bosquets,Où, dans sa haute armure,Gattamelata, preux, applaudit tes hauts-faits,Péninsule future !

Et Gênes qui sourit, sur le bord des flots bleus,Dans ses buissons de myrtes ;Livourne qui, le soir, flambe de mille feux ;La Sardaigne et ses syrtes ;

Florence qui repose en son écrin de fleursComme une perle fine,Et contemple les jeux de l’ombre ou des couleurs,Aux flancs de sa colline ;

Sienne, la ville auguste et belle d’un passéDe luttes triomphales ;Pérouse dominant l’horizon traverséDe plaintives rafales ;

Rome où survit toujours le millénaire effortD’âmes vraiment divines,Rome renouvelée et défiant la mortSemeuse de ruines ;

Naples dont le beau golfe étale avec langueur,Sous l’azur, son rivage,Et qui respire, chante et vit comme une fleurÉclose sur la plage ;

Sorrente aux chauds parfums ; Palerme, ses couvents,Et la blonde Sicile ;Ischia, Lamartine, où tu rêvas souvent ;Capri, rocher fertile ;

Et tant d’autres cités qu’il faudrait proclamerD’Apulie à l’Abruzze ;Bologne, Rimini, Ravenne que la merDéserta, Syracuse…

Ainsi ma Muse évoque, ô Pays bien aimé,Avec un saint délireTon charme, ton éclat, ton climat parfumé,Ta grâce, sur sa lyre :

Heureuse de chanter, Terre, une fois encorTa beauté sans seconde,Et de tresser pour toi cette couronne d’orA la face du Monde.

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources