Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Plaintes
Eh bien ! non, je ne puis me résoudre, à cette heure,Chérie, à n’être plus pour vous qu’un étranger.Rien n’est plus déchirant qu’un beau rêve qu’on pleure.Mon amour est trop vrai pour qu’il puisse changer.
Mon amour est trop pur pour vous être infidèle.Jamais femme ne fut aimée ainsi que vous.Vous êtes mon soleil, ma foi, vous êtes celleQue j’invoque, j’implore et j’adore à genoux.
Je ne vis que par vous les moments de ma vie.Je ne suis que par vous maître de mon esprit.C’est par vous que mon âme est sans cesse fleurie.C’est par vous que mon cœur jamais ne se flétrit.
Privé de vous et de vos yeux que deviendrais-je ?Seule votre pensée éclaire mon chemin ;Elle est mon viatique et seule me protège ;Je l’appuie à mon cœur comme à l’arbre ma main.
Votre orgueil me rend fort. Si je perds votre égide,Il me semble stagner dans une morne nuit,Et le fuseau du Temps que le Destin dévideS’immobilise alors au fond de mon ennui.
Hélas ! je ne puis rien sans vous tant je vous aime.Je n’ai d’autre désir, mon Dieu ! que votre amour.Vous êtes mon soleil et mon vivant poèmeEt c’est à leur beauté que je tends chaque jour…
Même de loin votre âme animait ma demeure ;Sa présence invisible était mon plus cher bien.Si vous ne m’aimez plus, il vaut mieux que je meure :Le lierre disparaît quand il perd son soutien.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources