Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons
Vœu
Pour André Chaumeix.
Roses, penchez sur moi votre tiède visageOù le vent a laissé de son âme sauvage…Écoutez, devinez le secret de mon cœur.Faites couler en moi la suave langueurDe votre baume, afin de chasser, une à une,Les tristesses germant de la vie importune.Vous savez bien qu’auprès de vos chairs de veloursMon âme se détend, que le torrent des joursN’est plus qu’une onde calme, et que, de votre essenceSe dégage une exquise et pure jouissance…Que de fronts, autrefois par vos sœurs couronnés,Sont, dans la paix funèbre, hélas ! abandonnés !Mais vous, chaque saison, renaissant de vous-mêmes,Vous surgissez du sol, odorants diadèmes,Et mettez sur les champs, les bois et les jardinsVos grappes de senteurs et vos arômes fins…— Quand je ne serai plus, environnez ma tombeDe votre étreinte souple, ô rosiers, et que tombeAu sol qui couvrira ce qui fut moi, jadis,Votre pluie embaumée unie au cœur des lys :Pour que, dans la rumeur des rameaux de cytiseQu’agiteront les mains légères de la brise,J’entende, comme aux jours où je les respirai,Vos parfums se jouant sur les ailes de mai.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources