Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Renouveau
Le parfum tiède et vif de ce printemps me hante,Et je me renouvelle avec les cieux nouveaux.Je m’ouvre avec les fleurs, avec l’oiseau je chante.Je cours avec le faon et par monts et par vaux.
Ah ! qu’est donc devenu le martyre de vivreQui, tel un dur cilice, étreignait, chaque jour,Mon cœur et le faisait dans l’angoisse, poursuivreSa route sans bonheur, sans espoir, sans amour ?
L’hiver et le chagrin n’habitent plus mon âme.Messager de clarté, de jeunesse et de paix,Le Dieu Printemps m’a pris sous son bel oriflammeEt, comme les rameaux reverdis, je renais :
Car ta main à ma main, ce soir, ô ma Farouche !S’abandonne et s’unit en un geste si pur,Que, sous l’effleurement des chers doigts que je touche,J’ai cru soudain sentir me frôler tout l’azur.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources