Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Un rêve
Vérone se réveille aux heurts du vent sonore.Les roses ont, la nuit, de maint pétale blancParsemé la terrasse et l’Adige, à l’aurore,Reflète les lambeaux d’un nuage sanglant.
C’est ici, dans ces lieux qui virent JulietteS’abandonner, heureuse, aux bras de Roméo,Que je veux, ô mon lys, ma vie et mon poète,Vous respirer avec les fleurs du renouveau.
Personne autour de nous. La paix et le silenceBercent notre bonheur dans leurs mains de velours.Ton cœur vif et le mien vont unir leur cadence.Extase, cher émoi si désiré toujours !
Rêves, parfums, soupirs, fulgurance divine…J’entendrai contre moi ton amour doucementS’animer, palpiter et gonfler ta poitrine,Comme un oiseau craintif de l’ombre et du tourment.
Et nous adorerons la minute immortelleQui nous apportera le baiser enchantéOù l’âme, dans l’étreinte, à l’âme se révèle :Et cet instant sera pour nous l’éternité.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources