Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· I. bas-reliefs
Amaryllis
A Georges Jubin.
Savante en l’art joli de nouer la parure,De natter ou friser sa blonde chevelure,De disposer en plis la soie, AmaryllisAu poli du miroir mire son teint de lys.Sous un peplum changeant sa gorge se dessineEt le sang d’un rubis sur sa jeune poitrineRepose en la blancheur adorable d’un seinDont Apelle goûta le ferme et pur dessin.Un serpent d’or s’enroule autour du bras d’albâtre.Mais la vieille nourrice Hellé qui l’idolâtre,Prenant la boite blanche où l’on puise le nard,Parfume sa maîtresse et, d’un ton goguenard,Louant à mots couverts la vierge qui s’admire,Aux lèvres de la Belle amène un lent sourire…Voici brûler l’encens aux flammes des brasiers.Du sein des vases d’or, jasmins blonds et rosiers,Dressent leurs rameaux lourds de flore épanouie.
Et sur son lit pâmée et presque évanouieLa vierge alors se livre aux parfums capiteux…
Sachant venir bientôt l’heure tendre des jeux,Dans la chambre une pie aux plumes délicates,Sous son ventre pliant l’ébène de ses pattes,Autour d’Amaryllis vole et sur sa beautéLance amoureusement des regards de côté.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources