Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Couvent saint-alexandre
FIESOLE
Ombragé de cyprès, enguirlandé de roses,Sur la crête le vieux couventÉtend paisiblement dans les couchants tout rosesSes murs gris gercés par le vent.
Dans l’enclos solitaire où nul bruit ne s’élève,Des oliviers aux troncs plombésPoussent en liberté leurs rameaux lourds de sèveEt par l’âge courbés.
Des fresques au ton mat naïvement décorentLe cloître empli de liserons,Où, près du puits étroit, des colombes picorentLes chénevis et les mourons.
Au seuil de ce logis, tel un flot sur la grève,Meurent l’orgueil et le souci.Du décevant amour abandonne le rêve,Voyageur, en frappant ici.
Parcours d’un pas ému le grand couvent sonore,Si loin de ce siècle agité.Médite un long moment aux lieux d’où s’évaporeComme un parfum d’éternité.
Et tu repartiras, tranquille pour la vie,Après l’arrêt délicieuxDurant lequel, un temps, l’âme se sent ravieDans le calme des cieux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources