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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines

La place et l’église sainte-marie nouvelle

Pierre de Bouchaud· 44 vers

Les obélisques blancs posés sur des tortuesD’un passé disparu disent l’éclat lointain…Oh ! le bonheur exquis de rêver au matinSur les dalles de marbre et de clartés vêtues !

Nul bruit ne trouble encor la ville. Des marchandsVont portant des crocus, des lys, des primevères.C’est l’heure où sur les vieux palais clos et sévèresL’essaim des Angélus fait bourdonner ses chants.

Le merveilleux portail de l’ample basiliqueAccroche des lambeaux d’aurore ; ses baisersDe lumière se sont, ça et là, déposésSur la façade aux tons cuivrés de majolique.

Aigu comme un cyprès, le campanile finPointe son cône clair dans l’émail de l’espace.Grelots au cou, tête baissée, un âne passeChargé de chardons bleus, de lavande et de thym.

Sur la corniche blanche et noire des arcadesDes couples de pigeons aux couleurs arc-en-cielMéditent gravement, et l’air officiel,Vont, viennent puis soudain roucoulent par saccades.

Dans le temple où sans bruit vaguent de pauvres gens,Comme un tapis de laine on foule du silence.Un murmure étouffé de prières s’élanceEt se mêle au doux bruit des braseros d’encens.

Sur les vitraux du chœur striés de lueurs pâles,Des saints extasiés en des robes de feu,Des saints, brûlant de zèle au service de Dieu,Inclinent chastement leurs visages ovales.

Cependant qu’éclairés par l’aube, en des lointainsEt des tons effacés, se précisent les fresquesOù le Ghirlandajo, sur les murs gigantesques,Fixa les graves traits des seigneurs florentins.

Au temps où fleurissait l’élégant Humanisme,Où les mortels faisaient des rêves de beauté,Au temps où le Savoir en maître incontestéRégnait, au temps cher et sacré du Platonisme.

Alors qu’aux chars d’amour enchaînant tous les cœursLes Reines de l’esprit vivaient en grandes dames,Et que leurs fins décrets comme un sillon de flammesIlluminaient l’esprit des artistes vainqueurs ;

Au temps enfin où pour montrer leurs gratitudes,Les peintres, d’un pinceau par l’extase adouci,Illustraient Gioconda, Ginevra de Benci,Fornarine ou Vénus aux belles attitudes.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources