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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines

La place de la seigneurie et la loggia Dei Lanzi

Pierre de Bouchaud· 44 vers

A Enrico Corradini.

Dans l’espace un soleil embaumé de printemps,Un ciel bleu d’espérance ;En haut du Palais vieux des étendards flottants,Aux couleurs de Florence.

Et l’antique Forum, centre de la Cité,Et tout couvert de gloire,Devant cet hosannah des choses en gaîtéRevit l’antique histoire.

Il revoit le passé, les émeutes, l’effroi,La rage, l’hécatombe ;Les tumultes, l’horreur, la ville en désarroi,Le sang à flots qui tombe ;

Et dans l’ombre où sans bruit conspirent les Pazzi,Pâles sous leur armureLes sombres Médicis écoutant des lazziChuchoter le murmure.

Et la flamme féroce embrasant le bûcherOù meurt Savonarole,Coupable de parler aux Grands et de prêcherSans crainte la Parole.

Mais dans le ciel d’avril palpitant de baisersEt de frôlements d’ailes,Les souvenirs de mort se sont vaporisésComme des brumes frèles.

Voici les lourds brocarts des tournois, l’appareilEt le luxe des fêtes :Les guerriers vêtus d’or et casqués de vermeilRevenant des conquêtes ;

Et les mousquets fumants, et les soldats poudreuxEncor de la bataille,Et les glaives brandis par les chefs valeureuxAu profil de médaille.

Puis dans la Loggia, sombres, tristes, hagards,Éperdus de détresse,Les prisonniers, devant le Duc aux fiers regards,Inclinant leur faiblesse.

Au-dessus d’eux, tranquille, adorable et puissant,Beau comme un dieu, PerséeLève d’un geste heureux la tête transpercéeDégouttante de sang,

Près des groupes musclés que la fureur domineEt du Romain voleurDans l’étau de ses bras emportant la SabineSublime de douleur.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources