Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· I. bas-reliefs
Hylas
A Charles le Goffic.
Hylas, le petit pâtre est l’ami de Diane.La Déesse chérit son regard diaphaneA l’immuable azur, son âme sans secrets,Sa bouche, ses cheveux de lin léger, ses traitsOù l’amour n’a jamais encor laissé d’empreinte,Et son cœur pur passant près des vierges sans crainte,Ou ne comprenant pas la douceur des baisersQue les femmes parfois sur sa lèvre ont posés.
Sachant Éros expert à prendre ceux qu’il guette,Sous les pas du berger elle étend, inquiète,Un tapis de blancheurs pour préserver HylasDu piège où sont tombés tant de pâtres, hélas !Elle cache au fond des forêts les tourterellesDont la gorge roucoule et frémissent les ailesEt prend soin d’écarter du parcours coutumierLes biches que poursuit le cerf dans le hallier.Quand la chaleur du jour alanguit toute choseEt que l’adolescent sur les mousses reposeElle empêche les fleurs troublantes de s’ouvrirPour lui verser leur frais parfum, doux à mourir.Mais la nuit descendant sur la terre endormie,Lorsque le jeune Hylas va sous la lune amieQui baigne les grands bois d’une molle clartéRespirer la ténèbre et son calme enchanté,La Déesse changée en branche d’églantineVient baiser doucement l’humble bouche enfantineQui tire de la flûte agreste de beaux sons,En cheminant dans les chemins pleins de frissons.Ce toucher virginal est la seule caresseQue Diane amoureuse accorde à sa tendresse :Car laissant ses soupirs dans l’ombre s’envoler,Elle souffre en silence et ne veut pas troublerCet autre Endymion, calme, fier et farouche,Ni partager jamais la dure et chaste coucheQui l’attend sous le chaume étroit de son logis,Ignorante des mots bégayés et rugisDans la fièvre des nuits par l’ivresse profane…Hylas, le petit pâtre, est l’ami de Diane.
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources