Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· I. bas-reliefs
La herse
A Emmanuel Vingtrinier.
La herse nivelant les vagues de la glèbe,Dans l’humus labouré, conduite par l’éphèbe,Plonge ses crocs aigus et bondit à l’effortQue fait pour la traîner un bœuf pesant et fort.Sous le voile d’argent qu’étend au loin la brume,La blessure du sol comme un sang tiède fumeEt livre au vol pillard des passereaux groupésLes larves du lombric que le soc a coupés.
L’invisible Seia, près du champ solitaire,Préside au lent travail qui rajeunit la terreEt dans la glaise humide où passent des frissonsPromet un sort heureux aux futures moissons.
Des premières lueurs rougissantes de l’aubeJusqu’à l’heure tardive où Phébus se dérobe,Pendant qu’une vapeur perle au muffle puissant,Sous le fardeau du joug de buis s’infléchissant,Docile à l’aiguillon de l’esclave, la bêteRecouvre les sillons, et d’un flanc qui halèteTraîne aux labours son pas pesant et cadencé,Pour enfouir au sol le grain ensemencé.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources