Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Les jardins Boboli
Au comte Joseph Primoli.
Je dirai la gaîté vibrante et l’allégresseDes jardins Boboli,Lorsque l’aube, en naissant, promène sa caresseA l’horizon pâli.
Je dirai le grand parc étageant ses terrassesEt les vertes couleursDes chênes et des pins s’inclinant avec grâcesSur les vignes en fleurs ;
Les bosquets imposants tout parés de statuesD’urnes ou de bassins,Et dans l’humide abri des grottes, toutes nues,Les nymphes aux beaux seins.
Je dirai l’eurythmie exquise des alléesSous l’azur cristallinEt les jeux de soleil par les pentes sabléesD’un sable gris de lin ;
Et l’eau bleue affluant aux vasques de NeptuneEt l’îlot radieuxOù s’érigent sur leurs socles de pierre bruneDe fiers groupes de Dieux ;
Je dirai le soleil entr’ouvrant les glycinesPour les bourdons joyeux ;Les cytises tendant à l’air leurs grappes finesQue respirent les cieux ;
Les étoiles d’argent et les perles vermeillesDes buissons d’arbousiers,Et le vol affairé du peuple des abeillesParmi les framboisiers ;
Et sur l’escarpement des collines dormantes,Au rythme des ruisseaux,La gaîté des amants, le rire des amantesDans les buis en arceaux ;
La joie harmonieuse élégante et facileTombant de l’infini ;Des sons graves de cloche issus d’un campanile,Montant au ciel uni ;
Puis, sous le crépuscule éblouissant de flammeL’Apennin velouté,Dans sa coupe de fleurs, Florence qui se pâmeEt meurt de volupté.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources