Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· Ii. médaillons
Le champ
A Charles Guérin.
Tu peux voir de ce champ, où l’orme et le lentisqueForment un dôme d’ombre au bourdonnant rucher,Naître l’aube, grandir Phébus et se cacherAu crépuscule, l’astre arrondi comme un disque.
Quand midi raccourcit l’ombre de l’obélisqueSolennisant les lieux qui virent trébucherLes Barbares, je cesse, un moment, de bêcherEt je mange à ma faim l’oignon et la marisque.
Puis reprenant l’outil docile entre ma main,Je retourne l’humus et dans le sol romainJe plante le légume ou j’enterre la graine :
Cependant que ma chèvre et ma vache aux beaux yeuxRuminent doucement en face de la plaineEt des grands monts sabins endormis sous les cieux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources