Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· Ii. médaillons
Le refuge
A Léonce Depont.
Rassasié d’efforts, de carnage et de sang,Las de suivre en tous lieux la mort ou la victoire,Et d’accomplir cette œuvre auguste et méritoire :Garder le nom de Rome intangible et puissant ;
J’ai remis au fourreau mon glaive, et délaissantPour des travaux plus doux la milice et la gloire,Au temple de la paix, près des aigles d’ivoireEt d’or, j’ai suspendu mon casque éblouissant.
Longtemps des souvenirs de luttes acharnées,Des images de mort et d’atroces journéesSe sont offerts en foule à mes esprits troublés.
Mais, peu à peu, parmi les champs calmes, j’oublieLe meurtre et le passé quand ma mélancolieVoit fleurir les bleuets dans les flots roux des blés.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources