Le recueil des souvenirs, 1899· Heures philosophiques
Le culte de la beauté
A monsieur Émile Berr.
Sur les sommets sacrés qu’habite la Pensée,Aux régions du Beau, ce divin firmamentQui réchauffe le cœur, guérit l’âme blessée,Les jours calmes et fiers s’écoulent gravement.
C’est son culte immortel qui console et qui charme,C’est la source où la soif étanche son ardeur,Le bon foyer au seuil béni que fuit l’alarme,L’astre serein qui verse aux âmes sa splendeur ;Le principe, la règle et la loi du génie,La cithare et la lyre où vibre l’harmonie.C’est la religion qui porte les espritsAdorateurs de l’Art et du Sublime épris,Trace un but admirable aux heures des journéesEt de purs souvenirs parsème nos années.Louange donc au Rêve, ennemi du dégoût,Et gloire à la Beauté qui brille sur nos têtesEt quand tout disparaît reste encore debout !Qu’elle soit notre guide et nous conduise aux fêtesQue la Sagesse donne à ses initiés,Libres, silencieux, purs et pacifiés !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources