Le recueil des souvenirs, 1899· Heures antiques· Ii. médaillons
Le danger
A Philippe Dufour.
Fuis la sente ombragée où dans le tronc d’un sauleSe tapit aux aguets le chèvre-pied lascif.Vierge ! crains son désir et fuis d’un pied furtifLe taillis hasardeux. Jette sur ton épaule,Toute mouillée encor par l’eau du ruisseau clair,Le feuillage argenté des nénuphars d’opalePour voiler la pudeur de ta chair blonde et pâleAu Silvain effronté dont l’œil lance un éclair.
Droit sur ses pieds nerveux, il retient son haleine.Mais la farouche ardeur dont il a l’âme pleineDans son obscur cerveau met des pensers de mort ;Tandis qu’autour de lui l’essaim des mouches d’orMène sa sarabande et sa ronde légèreOu sur le front cornu, couronné de fougère,Arrête quelque instant son vol et son essor.Crois-moi, vierge, crois-moi : Ne sois point curieuse.Ne te retourne pas vers lui ; la puretéDe tes yeux ne saurait arrêter l’éhontéPas plus que le zephyr ne peut briser l’yeuse.Il se fait tard. Crains la ténèbre. Éloigne-toi.Et quand tu longeras la forêt de MinerveDont l’amour vigilant de tout péril préserve,Suspends aux oliviers, en gage de la foi,Le bandeau retenant la noire chevelureQu’il aurait saccagée en son lit de verdure.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources