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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines

Le renouveau

LA PRIMAVERA DE SANDRO BOTTICELLI

Pierre de Bouchaud· 42 vers

Au comte Charles de Mouy.

Printemps, parfums, couleur, allégresse des brisesQui bercez doucement les fleurettes éprisesDe vie et de soleil sous le dais bleu du ciel.O Printemps, joie éparse, effluve essentielBaignant les bourgeons neufs et gemmés d’émeraude,L’herbe où s’ébat le cerf et les taillis où rôdeLe renard à l’affût. Printemps, solennité,Magnificence, ardeur, jeunesse, majestéDe l’an qui refleurit dans sa fraîche parure !

Sur le front maternel de la grande natureTu poses des baisers plus doux que les duvetsDu cygne au frais satin de l’onde, et tu revêtsLes parterres d’iris, les sentiers de pervenches,La mousse des vallons de violettes blanches,Et les lieux où régnait la neige des frimasDe la neige au parfum troublant des syringas.

Ton aspect fait s’ouvrir et se pâmer les roses,Et tes habiles mains, Dieu des métempsycoses,Lançant à l’air léger la poudre du pollen,Préparent l’arbre aux fruits, et les fleurs à l’hymen,Ou déposent dans l’âme immortelle de l’homme,Les rayons, la clarté, l’étincelle qu’on nommeAmour ; et le mortel en qui brûle ce feuDevient le tabernacle où bat le cœur d’un dieu !

Printemps, averse d’or des nouvelles journées,Zéphyrs tièdes venus des îles fortunées,Pures exhalaisons des amandiers fleuris,Vol d’arômes ; Printemps embaumé, tu souris !

Et voici que le sol d’allégresse tressaille,Que de nouveau le pampre enlace la muraille,Que le bois se remplit de chansons et de nids,Que les voix de la terre aux voix des InfinisRépondent. Et devant la sève qui ruisselle

Des boutons éclatés dont chaque pli recèleUn espoir, les vieillards se sentent moins flétrisPar le Passé, Printemps : tout est beau ! tu souris !

C’est pourquoi l’Avenir dépouillé de ses voilesApparaît un moment diadémé d’étoiles,Et confiant dans ta fausse pérennité,Semble promettre alors — illusion féconde ! —Tant est grand ton prestige, ô Printemps, roi du monde,L’âge d’or à l’humanité !

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources