Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Les cloches
A Charles-Florentin Loriot.
En carillons légers, en notes argentinesRésonnent dans le soir les cloches florentines.
Comme un essaim rapide, impalpable et légerQui va, vient et volette autour de son rûcher,Leur son pur et charmant, issu des campaniles,Vole autour de Florence en bourdons juvénilesEt l’azur cristallin, le grand ciel orangéQui déjà, ça et là, par l’ombre est submergé,Résonnent au concert tout vibrant d’harmoniesDes cloches unissant leurs fraîches symphonies.
Des sites de Fiesole et de Vallombrosa,Parmi l’odeur des lys et du pur mimosa,On entend les douceurs de leur voix se répondreDe village en village, ou dans l’air se confondre.C’est un beau friselis de sons, un tintementMélancolique, doux et joyeux par moment.Des trilles de cristal lents, rapides ou graves,De fines bulles d’air crevant en bruits suaves,Un mol égrènement de notes en gaieté.On dirait dans le soir expirant de l’étéUn babillage exquis de colombes fluettesQui sous le crépuscule aux teintes violettesFendent les airs avant de regagner leur nidEt roucoulent encor malgré le jour fini.
Parfois la résonnance est très longue et très pure,Pour se changer bientôt en un discret murmure,En déluge de bronze indistinct et voiléQue jetterait la terre au zénith étoilé.
Parfois c’est un éclat de voix vraiment divines,On dirait que des anges blonds chantent matinesPour laisser aux humains, que la chute du soirAttriste, un peu d’amour mêlé d’un peu d’espoir.
On croirait dans les airs entendre un jeu de GrâcesQue d’invisibles mains, là-haut, dans les espacesFeraient voler avec un doux frissonnementDe plumes se frôlant au fond du firmament.
Puis, leur son, au dernier rayon du crépuscule,S’éloigne, s’affaiblit et devient minuscule.
Et Florence paraît dans le calme enchantéUne vasque sonore où fleurit la Beauté.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources