Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Luca Della Robbia
LA CANTORIA
A Jean Lahor.
O Luca, tendresse et sourire,Maître du jeune an qui fleuritDont le ciseau comme une lyreHarmonise tout ce qui rit ;
Certe, ils sont dignes de louangesTes Christs, tes madones, tes saints,Tes chérubins ou tes archanges,De pudeur et de fierté ceints ;
Et les grandes tiges d’acantheOù grimpent dans tes médaillonsDes corps de faune ou de bacchanteParmi des vols de papillons.
Mais tu goûtes surtout la vieArdente et belle de l’enfant ;Tu mets sur sa lèvre ravieL’abeille du ris triomphant.
Et penché sur les faibles êtresPar tant de sculpteurs méconnus,Tu découvres, creuses, pénètresL’élégance de leurs corps nus.
Tu les montres, grâce idéale,Dans leur lustre de jeunes fleursEt tu modèles le pétaleDe leurs visages enjoleurs.
Ah ! comme on sent bien que tu l’aimesPour sa belle âme de clarté,Le tout-Petit ! Les mères mêmesN’en aiment pas plus la beauté.
Aussi ton œuvre est une antienneCélébrant l’enfant, ce vainqueurQui suspend notre âme à la sienneEt qui rajeunit notre cœur.
Que de fraîcheur en cette rondeD’anges chantant à haute voix !Quelle franche allégresse inondeLeurs jolis visages narquois !
Ils sont là, sans souci de l’heure.Et d’un mouvement régulierFrappant le sol qu’à peine effleureLa fine pointe de leur pied,
Ils sont là, petites merveilles,Exaltant par la puretéDe leurs vénustés sans pareillesL’existence dans sa beauté.
Ils sont là, vêtus d’innocence,Et blancs de la blancheur des lys,Les doux chérubins de l’EnfanceSouple comme un volubilis ;
Et tandis que la théorieDes Vierges aux fronts innocentsModule un chant qui se marieAux chœurs de beaux adolescents ;
Les enfants divins, en cadenceTournent harmonieusementEt le rythme exquis de leur danseEst comme un poème charmant.
Aussi, Luc, à ton œuvre chère,Douce au cœur, calmante au regard,Il n’en est pas que je préfèreDans tout le domaine de l’art.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources