Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Or San Michele
Au maître sculpteur Denys Puech.
Les murs tant précieux de la très vieille égliseSont faits pour retenir le rêve du penseur :Ils gardent enchâssés dans leur enceinte griseDes chefs-d’ouvre parés de charme et de douceur.
Ici, saint George avec un délicat visageEt qui, sous le ciseau du grand Donatello,Abat d’un geste fier le dragon plein de rage,Cependant que la Foi le nimbe d’un halo.
Là, saint Marc dont la vue émouvait Michel-Ange,Saint Marc aux traits creusés, au front vaste, aux yeux droits,Brûlant d’amour divin et prêchant la louangeDe l’Évangile ouvert qui repose en ses doigts.
Pierre, Thomas et Jean, de leur niche ajourée,Éloi, Jacques, Mathieu, Jésus, maître du ciel,Sur les passants hâtifs tendant leur main sacréeFont au temple comme un mur immatériel.
A l’intérieur, tout enveloppé d’or pâleSous le jour affaibli qui pénombre les nefs,L’autel vieux d’Orcagna, jardin de marbre opale,Resplendit dans l’orgueil de ses grands bas-reliefs ;
Et parmi le mystère auguste et le silenceLa vierge de Daddi, les yeux baignés de pleursLève au ciel un regard navré, plein d’éloquence,Et son front désolé de Mère des douleurs.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources