Le recueil des souvenirs, 1899· Heures douces
Pastel
A André Foulon de Vaulx.
Sur le céleste écrin de fins nuages traînentLeurs lambeaux empourprés dont les franges s’égrènentAu souffle nonchalant du zephir. Le cristalDe l’éther s’obscurcit et des tons de santalRemplacent, au couchant, la teinte safranéeDu crépuscule, après la mort de la journée.
Dans l’eau du lac scintille encore une clarté.
Les fontaines dressant leur blanche majestéParmi les boulingrins, les massifs, les pelousesSe taisent, de silence et de repos jalouses.
Voici qu’au seuil enguirlandé de la maison,Emplissant ses regards du mourant horizon,L’aimée, au cœur épris, vient écouter les trillesQue perle un rossignol caché dans les charmilles.
Et de l’oiseau si pur est le chant cristallin,Si délicat l’aspect du jour à son déclin,Si fraîche la candeur du paysage tristeOù le rêve d’amour malgré le soir persiste,Si solennel le calme, et divine la paixQui tombe des ormeaux et des chênes épais,Que deux pleurs s’échappant des chers yeux de la Douce— Tels ceux au cœur des lys par l’aurore posés, —Vont glisser à ses pieds sur quelques brins de mousseQui frissonnent, émus, comme sous des baisers.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources