Le recueil des souvenirs, 1899· Heures florentines
Sainte marie des fleurs
Le Dôme resplendit dans sa parure blancheEt ses murs de dentelle élégamment ouvrés.Une foule pimpante et vive du dimancheS’engouffre allègrement sous les porches sacrés.
Le Campanile auguste où le ramier roucouleSemble un géant de pierre et dressé vers les cieux.Mer mouvante, à ses pieds, passe l’humaine foule,Lui, poursuit, sans la voir, son rêve précieux.
Comme un bloc de Paros strié de gemmes noires,Dominant les palais, les églises, les croix,Il se dresse orgueilleux, lustré de fines moiresSous l’onde de saphir pleuvant sur ses parois.
Mais lorsqu’il laisse choir lentement sur la terreUn tintement de cloche au son appesanti,Il peut voir tressaillir l’antique BaptistèreEt les portes d’airain, œuvre de Ghiberti.
Et voici s’animer leur sculpture, ô merveille !Saints du vieux testament, disciples de Jésus,A ce sonore écho qui soudain les réveille,Font entendre, on dirait, un murmure confus.
Force mystérieuse et vertu du génie,Vous défiez le Temps, car seules vous pouvezDonner à la matière inerte l’harmonie,Tailler l’or ou le bronze et lui dire : « Vivez ! »
Ou, jardins suspendus de marbres et de pierres,Faire jaillir du sol les temples merveilleuxDéployant sur le ciel leurs silhouettes fièresEt leur masse immuable où se plaisent les dieux.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le recueil des souvenirs, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources