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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· Ii. le poème de sienne

Bibliothèque du dôme

FRESQUES DE PINTURRICHIO

Pierre de Bouchaud· 52 vers

Pour Camille Enlart.

O douceur de rêver devant vos paysages,Fresques où le pinceau d’un Maître s’est complu !Charme exquis et joyeux éclat des personnages,Poème coloré d’un siècle révolu.

Votre luxe est celui qu’aimait la Renaissance.Votre beau coloris, le temps l’a respecté.Vous peignez une époque à son adolescence,Vous parlez d’une haute et fière Humanité.

En vos scènes tout est grandeur, joie, harmonie.Tout vibre, tout frémit, tout s’anime et sourit.L’air est plein de parfums et d’oiseaux, l’eurythmieDe vos temples est noble et commande à l’esprit.

Le zéphyr vient baiser les colonnes graciles.Le lierre bleu s’enroule aux chapitaux des toits.Un fleuve aux lents circuits baigne de douces îles.On voit de fiers seigneurs sur de blancs palefrois.

O lumineux récits, fables délicieusesQui nous parlez des jours somptueux d’autrefois !Cavaliers chevauchant sous des taillis d’yeuses,Jeunes hommes calmant des coursiers fous d’effrois.

Adolescents princiers et de mines hautaines,Pages au front rêveur, évêques et soldats,Guerriers se reposant près d’ombreuses fontainesEt marchant sur des fleurs où s’étouffent leurs pas.

Princesse au front baissé, si pudique et si belle,Plaçant ses doigts aux mains de son royal épouxQui, tout brûlant d’amour devant la jouvencelle,Incline sa couronne et fléchit les genoux.

Scènes perpétuant d’un Pape latinisteL’esprit et la grandeur, le règne et le pouvoir,Épisodes parlant des temps où l’HumanisteAux rêves de la Foi mêlait ceux du Savoir.

Loués soient votre éclat, votre grâce fragile,Votre sagesse calme et vos graves langueurs !Émules en beauté des héros de Virgile,Comme eux vous consacrez la jeunesse des cœurs.

Superbe floraison de l’arbre de la Vie,Aimables instruments de la Fatalité,Vous suivez votre route, allant où vous convieLe hasard qui créa votre fragilité.

Vous jouez un instant l’humaine tragédie :De la douceur se mêle au flot des pleurs amers ;La joie à la douleur chante sa mélodie ;L’espoir brille comme un arc-en-ciel sur les mers.

Victimes qu’une loi impérieuse entraîne,Vous emplissez vos yeux d’harmonie et de jour.Vous vivez sans savoir où le Destin vous mène,Respirant le bonheur éphémère et l’amour.

Et mon esprit perçoit sous votre air simple et graveLa résignation des immobiles fleurs.Comme vous on les voit éclore sans entraveEt goûter un moment les précaires chaleurs.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources