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un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· Iv. Certaldo Berceau de Boccace

Certaldo

BERCEAU DE BOCCACE

Pierre de Bouchaud· 112 vers

Sur le rebord de la colline,Boccace, l’on voit ta maison.Le long de ses murs, la glycineSans cesse fleurit à foison.

Les grappes opales s’agitentSous la caresse du zéphyr,Comme des lèvres qui palpitentA ta pensée, ô Souvenir.

Au sein du village tranquilleD’où l’on aperçoit l’Apennin,Je te salue, ô cher asileDu grand poète féminin.

C’est là que ton joli génie,O vieux Maître, sourit encorDevant la tranquille harmonieDes champs blonds et des coteaux d’or.

C’est là que l’esprit se pénètreDe ton charme fin et léger.Pour te comprendre et te connaîtreC’est là qu’il faut t’interroger.

Et prenant tes Contes pour guideOn rit de leurs récits narquoisEn gravissant la côte arideOù tes pas pesaient autrefois.

Il semble qu’on écoute encoreTes mélodieux vers d’amourRire au long du sentier sonoreOu bien y pleurer tour à tour.

Tu chantais les dames gentillesEt la douceur de leur baiser.Tu célébrais les belles fillesNe sachant pas se refuser.

Ta jeunesse fut un sourire,Une source parmi les fleurs,Un prisme charmant où se mireL’amant ou l’amoureuse en pleurs.

Mais, plus tard, ta gloire divineSera, Maître, d’avoir mêléA la satire florentineL’allégresse au front étoilé.

Les lendemains de la jeunesseSont tristes du bonheur passé.Le cœur y connaît la détresseDes plaisirs dont il est lassé.

Il n’est plus pour lui d’espérances.Il pleure le temps qui s’enfuit.Il se détourne des souffrancesEt de la misère d’autrui.

Et n’aimant que ses propres larmesIl censure l’HumanitéAvec ses horreurs, ses alarmes,Ses rancunes, sa cruauté.

Toi, tu n’eus ni mélancolie,Ni haine, ni mots insultants,Tu pardonnas à la folieEt même aux vices de ton temps.

Dédaigneux des phrases cruellesQue la verve excelle à greffer,En des Contes et des NouvellesTu sus rire ou philosopher.

Devant un noble paysage,Sur l’herbe où rit le liseron,Sept Dames au charmant visageÉcoutent le Décaméron.

Tordant son vieux masque de gouge,La peste réduit en lambeauLes fiers pétales du Lys rougeEt fait de Florence un tombeau.

Mais dans un jardin de lumière,Sous la transparence du ciel,En des berceaux feutrés de lierre,Sur des fleurs à l’odeur de miel ;

Au son d’une source chantanteQui baigne une belle villa.Bravant la mort sans épouvanteNi grand souci de l’Au-Delà :

Elles écoutent mainte histoire,Et voient surgir à leurs regards,Comme en un théâtre de foire.Héros, cavaliers et soudards.

Les chants stridents de la cigaleSoulignent la voix du conteur.La fraîche brise matinaleSur son front passe avec lenteur.

Et lui dans la douce Thélême,Près des Dames en grand atour,Stigmatise le trépas blêmeAu milieu d’une cour d’amour.

Parfois des traits piquants se glissentDans son récit sentencieuxEt les Dames rient et rougissentEt sur l’herbe baissent leurs yeux.

Et lorsque l’histoire est finie,Elles hasardent doucementQuelque fine et brève ironieSur Péronnelle et son amant ;

Ou se moquent de la sottiseDes gens gauches et malapprisQu’on voit pécher avec bêtise,Comme de vulgaires esprits.

Et le doux cortège des heures,S’acheminant d’un pas légerSur le seuil des nobles demeures,Nargue la peste et le danger.

Ainsi ton génie et ta grâce,Comme la feuille unie aux fleurs,Mêlent dans tes récits, Boccace,Les bons mots, la joie et les pleurs.

Et ta plume alerte et hardieÉvoque, à côté des tombeaux,L’existence et sa comédieEn d’inoubliables tableaux.

112 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources