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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· L’Ombrie· I. Pérouse

Et les fresques du Perugin

Pierre de Bouchaud· 40 vers

Pour le Docteur Émile Goubert.

J’ai rêvé longuement dans la paisible salleQue ton pinceau couvrit un jour,O Vannucci, de faces idéalesEt de profils sensuels, tour à tour.

Mêlant à la MythologieLes héros de la Chrétienté,Tu places, Maître, auprès de saintes effigiesL’Olympe avec ses Déités.

Leur œil cherche à sonder la Vie et son mystère.Leur front adorablement beauS’incline à peine vers la terre,Et ne craint ni la mort ni l’affre du tombeau.

La mysticité se révèleDans l’ovale contour de leur visage pur.Leur plastique beauté mortelleRayonne sous le drap de satin et d’azur.

Ainsi que des roses éclosesAux jardins éternels de féeriques printemps,Tu fais rire leurs lèvres rosesEt l’Amour se jouer sur leurs seins palpitants.

Et pourtant leur âme angoisséeDéfaille, on le dirait, sous le pesant fardeauD’une sombre et triste pensée,Rêve troublant venu d’en Haut.

Ces beaux adolescents mystiquesAux extases de Saints, aux ardeurs de Croyants,Se meurent tous d’un désir nostalgiqueBrûlant leurs cœurs hélas ! inconscients.

Ils incarnent en eux la Nature et la GrâceQui captent à la fois leurs êtres frémissants.Mais malgré la paix de leur faceIls sont les victimes des sens.

Et ces vrais fils du Moyen-Age,Affamés d’espérance et de rêves chrétiens,La Renaissance les réduit en esclavageEt de Croyants fait des Païens.

Ah ! je reconnais nos ancêtresDans ces héros songeurs, complexes, tourmentés !Amour, le mol Amour, les tente, les pénètreEt les laisse sans volontés.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources