Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· Ii. le poème de sienne
Le palais
Palais, tes dentelles de pierreS’élèvent bien haut dans l’azurEt festonnent ta masse fièreD’une frise au dessin très pur.
Ta tour harmonieuse lanceAu ciel son fût de marbre blanc ;Rompant le nocturne silence,Sa cloche égrène un son tremblant.
Devant ta fine silhouetteJadis le Vinci médita.Sur la place, à l’aube, muette,Plus d’une fois il s’arrêta.
Tu charmais son rêve tranquille.Il levait vers toi son regard,O Palais, joyau de ta ville,Et rendait grâces au grand Art.
O Mangia, tour alerte et fine,Ton antique et noble beffroiContemple à ses pieds trois collines,Des ruelles, l’espace étroit
Où, vautour au sein de son aire,Défiant la ruse et la mort,Sienne dans ses remparts se terreEt repose sous les cieux d’or.
Le souvenir de ses victoiresSur tes parois reste gravé,Et tes fresques parlent des gloiresDont tressaille encor le passé ;
Elles nous montrent la Justice,La Concorde auguste et la Paix,Les hideurs, les vains artificesD’un État despote et mauvais ;
Et sous les couleurs effacées,Le dessin, moins net qu’autrefois,Suggère encor à nos penséesL’époque d’effort et de Foi
Où, malgré les luttes, la haineDes partis et l’ambitionDes seigneurs et des bourgeois, Sienne,Patriote avec passion,
Luttait contre toute espérance,Et sans faiblir un seul momentDéfendait son indépendanceA Mont-Aperto vaillamment.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources