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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· Ii. le poème de sienne

Les églises

Pierre de Bouchaud· 52 vers

Je veux vous célébrer, asilesDe repos, de calme et de paix ;Monastères, couvents tranquillesAu sein de vos jardins discrets ;

Parvis éclatants de lumière,Et vous, oratoire sacré.Où Bernardin dans la prièreVivait humblement retiré.

Je dirai le chaume et l’argileDe la pauvre et sombre maison,Où Catherine, pour sa ville,Passait les jours en oraison.

Je dirai les cloîtres gothiquesDont les voûtes semblent encorToutes vibrantes de cantiquesEt du bruit des encensoirs d’or ;

Les marbres à rayures noires,Les colonnes, les chapiteauxOù sur des ailes de victoiresLes morts sortent de leurs tombeaux ;

Toutes les peuplades ailéesDe lourds vitraux aux tons vermeilsQui, près des voûtes constellées,Flamboient sous l’ardeur des soleils.

Je dirai la crypte sévèreDu baptistère de Saint-JeanEt les beaux fonts sculptés, naguère,Par Donatello, ce géant !

Saint-Dominique aux murs farouches,Gigantesques et menaçants,Que recouvrent les bras des souches,Le lierre aux rosiers s’enlaçant ;

Et sur la place solitaireSaint-François au porche joli,Les vieux cloîtres du séminaire,La Vierge de Cozzarelli ;

Saint-Martin et l’antique dômeDe l’église du Saint-Esprit ;Puis la façade polychromeDe Maria delle Nevi ;

Et la sublime cathédrale,Ciselée ainsi qu’un anneau,Qui garde, à jamais triomphale,La chaire du vieux Pisano.

Je vous chéris toutes, ÉglisesQu’on visite en parlant tout bas.Je plains les aveugles méprisesDe ceux que vous ne charmez pas,

Car rien d’humain ne les pénètrePuisqu’ils ne voient point les effortsEt ne savent point reconnaîtreLe grand œuvre des Siècles morts.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources