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un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· Ii. le poème de sienne

Les primitifs

Pierre de Bouchaud· 44 vers

J’ai gardé dans les yeux vos peintures sévères,Chers Primitifs, dévots croyants de la Beauté.Vos graves Chérubins aux yeux de primevèresInclinent leur corps souple avec humilité.

Sur les grands fronts pensifs des rêveuses MadonesLeurs fins doigts fuselés imposent des couronnes.

Ils baisent les cheveux des Saintes. Les beaux plisDe leur tunique où tous les émaux resplendissent,Au double et pur zéphyr des ailes qui frémissent,Se gonflent doucement autour des pieds polis.

Sous l’ardeur de la Foi dont le feu les embraseLeur être agenouillé s’évanouit d’extase.

Le frêle et chaste lys de leur mysticitéSemble les parfumer comme une essence rareEt l’innocent éclat dont leur face se pareBrille comme un reflet de la virginité.

O grâce triste et simple ! ô peintures naïves !O Christs agonisants sur le mont des Olives !

Apôtres prosternés devant la sombre Croix !Scènes montrant avec leurs Vierges au CalvaireLa croyance naïve où la Foi persévère,L’effusion d’un cœur disant : « J’aime et je crois ! »

J’adorerai toujours vos pieuses légendesQui parfument mon cœur de leurs douces guirlandes.

O vieux maîtres : Barna, Duccio, Lippo Memmi,Vos noms soient à jamais vivants dans la mémoire !Et vous, Lorenzetti, qui nimbez d’une gloireLes Séraphins bouclés sur des fonds d’or bruni !

Et vous, grand Martino, dont les fines PucellesRougissent au salut de l’Ange messagerEt qui peuplez le mont, le val ou le vergerDe hauts sapins ouvrant leurs obscures ombelles :

Je ne puis oublier vos œuvres, leurs azurs ;Sans cesse j’en revois les claires transparences.Et je palpite encore et m’émeus aux souffrancesDont le rêve a pâli vos Martyrs aux traits purs.

J’aime les tons fanés de vos Madones frêles,Leur visage timide et fier, leurs yeux de fleurs,Et, sur ces manteaux bleus dont passent les couleurs,Les célestes rayons lançant des étincelles.

J’admire et je chéris votre ingénuitéParant le chef des Saints de mystiques étoiles,Car vous éternisez aux scènes de vos toilesLe siècle heureux de l’Art dans sa naïveté.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources