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Les heures de la muse - I, 1902· La toscane· I. florence

Nostalgie florentine

Pierre de Bouchaud· 52 vers

La coupe de Florence était toute fleurie.ANATOLE FRANCE.

O mer pâle des oliviers,Sous la brise vos flots déferlent,Et l’on entend sur le gravierTomber vos fruits que la rosée emperle.

Les monts Toscans sous la lumièreÉtendent leurs flancs infléchis.Des rideaux de roses trémièresGrimpent aux toits et voilent les logis.

O Pays si cher à mon cœur,Comme je t’admire et que j’aime,Le pénétrant parfum de fleurQu’épand ton sol ainsi qu’un frais poème !

Parfois en toi je sens mon êtreSubtilement s’évanouir,Ou quand ta clarté le pénètre,Tel un grand lys, soudain s’épanouir.

Ah ! sur tes coteaux dénudés,Marcher dans les millets sauvages,Au rythme des bourdons guidésPar la senteur vers les fruits des bocages,

Tandis qu’autour les sauterellesCroisent leurs doux vols d’arc-en-cielEt qu’au loin pointent des tourellesOu des cyprès presque immatériels !

Mais voir surtout, au soir lilas,Des hauteurs où Fiesole rêve,Parmi ses jardins, ses villasEt ses lauriers à fil aigu de glaives,

Baigner dans l’or crépusculaireL’admirable et blanche Cité,Ses palais, ses églises clairesEt ses vieux murs debout dans leur beauté ;

Écouter longuement les sonsDes tendres cloches florentinesQui posent de légers frissonsA vos fronts purs, ô ténèbres divines !

Et regarder glisser la luneAux crêtes de l’Apennin bleu,Et puis s’allumer, une à une,Astres divins, vos prunelles de feu.

Ah certe ! il n’est pour moi plaisirPlus noble et plus rare ; il n’est charmePlus attirant ; il n’est désirQui fasse en moi sourdre si douces larmes.

Et fussé-je au bout de la terreQue je ne pourrais oublier,O Pays Toscan, ta lumière,Ton harmonie et ta mer d’oliviers.

Car ta brise à la fraîche voixJe l’entends toujours, et de FranceToujours j’évoque et je revoisLa coupe d’or où se blottit Florence.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources