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un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - Ii, 1902· La forêt — la mer et la nuit

Concert nocturne

Pierre de Bouchaud· 56 vers

Pour la Comtesse Mathieu de Noailles.

O petit Rossignol, dans la forêt profondeTendrement s’élève ta voix :Elle est douce, limpide et fraîche comme l’ondeQui sourd et flue à travers bois.

C’est une heure charmante entre toutes que celleOù, près du seuil noir de la nuit,Ton chant lunaire et pur avec langueur ruisselleSur les arbres que le jour fuit.

Le vent porte un parfum dans ses ailes légèresDe buis, de mousse et de sainfoin.De grands insectes d’or s’abritent aux fougères.Parfois des trains sifflent au loin.

La Nature n’est plus qu’harmonie et silence.Le Temps qui ralentit son coursParaît, en admirant ton hymne qui s’élance,Oublier le labeur des jours.

A ton appel les fleurs entr’ouvrent leurs corollesEt les jasmins immaculésJettent vers toi, comme d’aromales paroles,Leurs souples buissons étoilés.

Tu suspends à tes airs la lèvre des ténèbresQui glissent langoureusementSur le satin des prés, les sarrazins funèbresEt les flots verts du lac dormant.

Dans le sombre taillis qui laisse transparaîtreA travers ses épais rameauxL’azur crépusculaire, un cerf, ému peut-être,Lève vers toi ses fins naseaux.

Si prenante est ta voix emplissant la clairière,Que l’on méconnaît, à l’ouïr,Le prestige sacré de la belle lumièreQui veut, là-bas, s’évanouir.

Dans les tendres frissons qui passent sur les charmesOù tu te poses frémissant,On dirait qu’un écho de surhumaines larmesRépond à tes divins accents.

Même au parfum mouillé, même à l’odeur de feuillesQue la bonne rosée épandSe mêle ta chanson et sans que tu le veuillesAu fond des ravins bleus descend.

Elle s’unit au vol des papillons nocturnesQui boivent le suc des irisEt tombe, goutte à goutte, au creux des blanches urnesQu’aux ténèbres tendent les lys.

Elle rythme l’éveil des sèves et des baumesDans les bourgeons qui vont s’ouvrirEt ravit l’alouette à l’abri dans les chaumesEt la rose prête à fleurir.

Elle est enfin la joie éparse où communie,Loin des vains tracas et du bruit,Le cœur de l’homme avec l’essence, avec la vieEt la grande âme de la Nuit…

O petit Rossignol, dans la forêt profondeTendrement s’élève ta voix ;Elle est douce, limpide et fraîche comme l’ondeQui sourd et flue à travers bois.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources